Deux amoureuses

21 novembre 2012

–          C’était bien tes vacances ? Me demande Damien (5 ans), la tête plongée dans son dessin.
–          Sympa. Jolie Semaine. Merci. Et toi, tu as passé de belles vacances ?
–          Oh moi, j’en ai pas eu.
–          …
–          J’ai dû travailler à ma ferme.
–          …
–          Bon, en vrai, j’ai quand même eu un jour de vacances : je suis allé à l’école.
–          …
–          Et tu sais quoi, mon amoureuse, Mélisande, est venue à la maison.
–          Génial. Sur le jour de congé ou sur celui de travail ?
–          De travail.
–          Et tu l’as fait travailler ?
–          C’est pas moi qui lui ai demandé, c’est elle qui voulait.
–          Et vous avez travaillé à quoi ?
–          A cache-cache, au foot et au gravier.
–          Pourquoi t’es amoureux de Mélisande ?
–          Parce que je l’aime bien.
–          Ça fait longtemps ?
–          Non.
–          Combien de temps ?
–          Cinq jours.
–          …
–          Tu sais, avant j’en avais deux, d’amoureuses. J’aimais aussi Alissa.
–          …
–          Elle avait un trampoline.
–          Pourquoi c’est fini ?
–          Un jour, elle m’a dit qu’elle n’était pas amoureuse alors j’ai trouvé une vraie amoureuse.
–          …
–          Bon, je vais quand même lui faire un coucou de temps en temps.
–          Pour elle ou pour le trampoline ?
–          Pour elle, pour qu’elle me voie encore.

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La suivante

20 mai 2011

La suivante est trop grande, trop fine, trop belle. Elle sourit bêtement, se ronge les ongles.

Quand elle vous croise, elle feint l’indifférence. Violente indifférence! D’un mouvement sec de la nuque, elle chasse ses longs cheveux soyeux. Comme une tapette à mouches décidée à vous expédier à l’autre bout de la pièce afin que, si possible, vous vous écrasiez contre la vitre. Elle anticipe même votre éventuelle survie avec un mouvement rotatoire de la cheville, prêt à vous écrabouiller. Définitivement. Elle grogne puis jubile. Ses petites copines gloussent.

La suivante ne vous aime pas. Par définition.
Ça tombe bien parce que… c’est réciproque.

Bande d’hypocrites

5 janvier 2011

Ils rompent. Ah, bon ! C’est lui ou c’est elle qui l’a quitté/e?

Hypocrite question. Puisqu’on s’en moque de savoir qui a plaqué. Ce qui nous intéresse, c’est qui est plaqué. Qui est resté sur le carreau, l’âme en peine. Et pourquoi ? Cocu, trahi, abandonné ?

C’est fou comme on s’apitoie sur le sort des quittés, plaqués, lourdés, largués, laissés, délaissés, jetés. « Oh, le pauvre. Il ne méritait pas ça. Déjà dans sa précédente relation… Espérons qu’il retrouve quelqu’un ».

Mais, dans le fond, on ne pense pas vraiment ce qu’on dit. Au-delà d’une récréative pitié, ce qui nous intrigue, c’est de savoir à quoi ils ressemblent ces quittés, plaqués, lourdés, largués, laissés, délaissés, jetés. Identifier subtilement ce qui a fait que, car ils en sont sûrement responsables. Pour les mépriser. Secrètement. Cruellement.

 

Une bise

29 juillet 2010

Une bise, une seule. Sur la joue. Une bise qui se veut anodine mais qui ne l’est pas. Qui remplace les baisers et les gestes tendres. Qui dit que l’on a compté l’un pour l’autre.

Lui, cette bise le soulage. Elle confirme le choix de leur séparation et la possibilité d’une complicité particulière. Privilégiée.

Elle, cette bise l’encourage à croire que tout est encore possible. Une bise, une seule, c’est prometteur, non ?

Il la connaît. Il sait ce qu’elle ressent, ce qu’elle espère, ce qu’elle projette. Alors il prend peur et cette bise qui se voulait de réconfort devient pour lui une bise de politesse et de malaise.

Elle le connaît. Elle sait ce qu’il ressent, ce qu’il craint, ce qu’il rejette. Elle. Alors cette bise, cette unique bise claque en écho dans son cœur comme une gifle sur sa joue.

Une bise. Une bise et c’est tout. C’est tout. C’est tout. Une bise qui remplace les baisers et les gestes tendres. Qui dit que l’on a compté l’un pour l’autre. Qui dit que le passé, c’est le passé.

Une bise qui finira par tripler.