Le gras

12 septembre 2011

Une campagnarde qui s’efforce de bien se tenir. D’être à l’aise. De passer inaperçue. De ne pas étaler dans ce dîner trop d’inepties. De limiter les dégâts.
Une campagnarde qui coince une grande serviette blanche en tissu dans le col de son chemisier. Elle a l’air d’une enfant qui a grandi trop vite. Qu’importe, grâce à cette serviette, elle ne tâchera pas ce joli chemisier, choisi pour l’occasion.

Avant d’entamer l’assiette du jour –elle a commandé comme les autres–, elle les observe pour saisir les bons services et manger au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard. Ni trop vite, ni trop lentement. En sus de cette soif de politesse et de bienséance, son attention est focalisée sur l’idée de ne pas renverser son verre et de le garder, le plus longtemps possible, transparent –de l’eau minérale gazeuse, comme les autres–.

Le repas, avec ces journalistes – des gens civilisés, instruits, intelligents, intéressants et sûrs d’eux– est plaisant. Un sans-faute. Pas de maladresse. Ni dans les mots, ni dans les gestes. Elle s’en félicite.

Cependant, lorsque la serveuse dessert, elle réalise qu’elle est la seule à avoir tout mangé. Les autres –putains d’autres!–  ont laissé le gras. Qui luit, qui rit et se moque d’elle sur le rebord des assiettes.
Elle n’est qu’une campagnarde.
Tant pis.
Tant mieux.
Au moins, elle a une excuse pour bouffer le gras.

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Il paraît qu’il y a de nombreux vas et viens chez moi (ah, bon ?). Information transmise par le serrurier qui lui, la détient de l’électricien, à qui mon voisin aurait fait de larges sous-entendus au détour d’un échafaudage.

Par principe de bon voisinage, je mets en doute la parole du serrurier ou tout au moins l’existence de ces médisances. Mais après lui avoir soumis (à mon cher voisin), tout à l’heure sur le pallier, le nouveau code d’entrée de l’immeuble et qu’il m’a chuchoté en me tapotant l’épaule, amusé et narquois : « Il ne faut pas le donner à n’importe qui, ce code d’accès, hein ? », je crains m’être trompée. Ces cancaneries de chantier existent. Et les ouvriers propagent à grande vitesse les fausses rumeurs… 

Par principe de bon voisinage, je ne dirai à personne que mon voisin se travestit. Ou peut-être à l’électricien. Juste à lui… (Mais chut !)

La suivante

20 mai 2011

La suivante est trop grande, trop fine, trop belle. Elle sourit bêtement, se ronge les ongles.

Quand elle vous croise, elle feint l’indifférence. Violente indifférence! D’un mouvement sec de la nuque, elle chasse ses longs cheveux soyeux. Comme une tapette à mouches décidée à vous expédier à l’autre bout de la pièce afin que, si possible, vous vous écrasiez contre la vitre. Elle anticipe même votre éventuelle survie avec un mouvement rotatoire de la cheville, prêt à vous écrabouiller. Définitivement. Elle grogne puis jubile. Ses petites copines gloussent.

La suivante ne vous aime pas. Par définition.
Ça tombe bien parce que… c’est réciproque.

Murmure

28 février 2011

Seule dans sa voiture,
Elle s’accorde la luxure
De pencher son corps
Et de son bassin déhancher.

Seule dans sa voiture,
Elle s’accorde la luxure
De baisser toute armure,
D’apprécier, de ce petit vent l’art du murmure,
Qui, discret, entre les fesses, se crée
Un passage.
Pas sage, ce petit pet.
Lisse, qui s’immisce et glisse…
Sans bruit. Sent bon.
Tout rond.

Là où il y a de l’hygiène, y’a pas de plaisir.

Le gras

18 octobre 2010

Une campagnarde qui s’efforce de bien se tenir. D’être à l’aise. De passer inaperçue. De ne pas étaler dans ce dîner trop d’inepties. De limiter les dégâts.
Qui coince aujourd’hui cette grande serviette blanche dans le col de son chemisier. Elle a l’air d’une enfant qui a grandi trop vite. Qu’importe, cette grande serviette blanche la préserve d’une potentielle et arrogante tâche sur un sein trop rond.
Avant d’entamer l’assiette du jour –elle a commandé comme les autres-, elle les observe pour saisir les bons services, faire preuve de patience et de civilité. Son attention est focalisée sur l’idée de ne pas renverser son verre et de le garder, le plus longtemps possible, transparent –de l’eau minérale gazeuse, comme les autres-. Le repas, avec ces journalistes, des gens civilisés, instruits, intelligents, intéressants et sûrs d’eux, est plaisant. Un sans-faute. Pas de maladresse. Ni dans les mots, ni dans les gestes. Elle s’en félicite.
Cependant, lorsque la serveuse dessert, elle réalise qu’elle est la seule à avoir tout manger. Les autres –putains d’autres !- ont laissé le gras. Qui luit, qui rit et se moque d’elle sur le rebord des assiettes.
Elle n’est qu’une campagnarde. Tant pis. Tant mieux. Au moins, elle a une excuse pour bouffer le gras.