Mec

6 janvier 2014

Deux mecs, mec !
Dans le train, assis en face, mec.
De dix-sept ans, mec, p’t-être plus, p’t-être moins.
Deux mecs qui ponctuent toutes leurs phrases par un ou plusieurs mecs, mec.
C’est à peine croyable, mec. Un truc de ouf ! Pourtant c’est vrai, mec.
Entre Romont et Palézieux, mec, je compte 148 mecs.
148 mecs, mec, sortis de leurs bouches ! En 14 minutes.
Ce qui fait… Attends j’sors mon Iphone, mec : ce qui fait, arrondi à l’unité, mec, du 634 mecs/heure.
Et si tu m’crois pas, mec, ben t’as tort… Parce que j’ai des preuves, mec. Mec, tu m’prends pour qui ? Je les ai enregistrés les deux mecs, mec. Tu crois quoi, mec !

Conditionnel

24 novembre 2011

Elle aurait pu être jolie
Mais elle commence à ressembler à sa mère.

Soirée théâtre

21 octobre 2011

Maquillée, pomponnée, parfumée depuis bientôt une demi-heure, elle attend son mari sur le pas de la porte.

Lui,
devant le miroir,
imperturbable,
s’arrache les poils du nez.
Un à un.
Sans précipitation.

Un sourire forcé et insistant, faussement patient, le supplie de s’activer.

Toute son impatience se referme sur le trousseau de clefs qui lui colle dans la main. Surtout ne pas le brusquer, ne pas l’énerver. Ne formuler aucun reproche. Ni sur son éternel retard. Ni sur son accoutrement plutôt dépareillé. Ce soir, elle ne lui en tiendra pas rigueur puisqu’il fait, pour une fois, l’effort de l’accompagner. Certes, il ne manifeste aucune espèce de réjouissance et d’intérêt à voir la pièce. Mais il vient. Avec elle. Elle espère qu’il aura du plaisir. Ou tout moins qu’il ne s’endormira pas.

Son poing se resserre davantage, les clefs lui blessent la paume. Et son sourire continue à mentir.

La professionnelle

13 août 2011

Désirs qui frémissent et se glissent sur l’eau calme et noire du lac.

Mains fébriles. Délicates, innocentes. Qui crépitent sur la peau des corps allongés, effacés dans la nuit. Qui effleurent, caressent.

Des lèvres se mobilisent. Une voix perce le silence :
– On voit que t’es une professionnelle, toi !

Un corps stupéfait tétanisé outré choqué interloqué inquiet se redresse sur son fessier, panique, interroge :
– Tu penses que… que je… je… Euh, je crois qu’on s’est mal compris. Tu insinues que je suis une… une professionnelle ? Par professionnelle… Euh, tu entends… prostituée ?

– Mais non ! On voit que t’es une professionnelle, que tu travailles dans le monde médical, avec des gens, que t’as l’habitude du contact. Parce que tu as le geste tendre.

Des bouches rient aux éclats, hésitent.
Se mangent.

Chiante

18 avril 2011

Il s’adresse à elle. La regarde. L’écoute. Lui parle.

Elle n’hallucine pas, il semble s’intéresser à elle. Simplement. Avec une telle sincérité qu’un stress l’assaille. Insoutenable et soudain.

Feinter pour canaliser cette folle tension. Lui permettre d’exister dans la zone la plus restreinte possible : les phalangettes qui tressaillent et déchiquettent le sous-verre en carton jusqu’à l’inéchiquetable.

Cette tension est cependant maligne, elle croît sournoisement en elle. Des métastases envahissent secrètement ses organes et se propagent jusqu’à la gorge. Ce qui est lui est fatal. Le malaise est déclaré : elle commence à parler.

À trop parler. À ne plus pouvoir s’arrêter. À raconter les derniers livres lus. Un premier. Un deuxième. Va-t-elle s’essouffler ? Reprendre une inspiration ? Se taire, bordel ?

Non.

Elle poursuit avec la narration d’un troisième.

Mais ce qu’elle est chiante. Impensable. Elle se saoule elle-même. Presque des céphalées. L’horreur. A chaque mot prononcé, elle se déteste davantage. Et pour chasser cette vilaine impression d’être une sotte bavarde, elle ne trouve rien de mieux que de causer davantage. Elle aligne les phrases, les anecdotes, les opinions. Soigne les détails. Blabla blablabla. D’un débit toujours plus rapide.

Punaise ce qu’elle est chiante.
Le pire, c’est qu’elle en est tout à fait consciente.

L’insolente

3 février 2011

Stop ! Cesse de m’casser les pieds. Je ne t’ai pas oubliée. Un peu de souplesse, s’il te plaît. Laisse-moi respirer. Tu m’connais, tu peux compter sur moi. J’aurai certainement un peu de retard, je te l’accorde. Comme d’habitude. Ne m’en tiens pas rigueur. Je t’en prie.

Tu ripostes…

Pour qui te prends-tu ? Tu exagères. Ces airs que tu t’donnes. Quel culot. Insolente, va ! Et tu m’souris… Tu me cherches, c’est ça, hein ? Tu me nargues, ouverte et allongée sur la table du salon… Me bouffer mon fric, c’est tout ce à quoi tu aspires. Tsss. Tu crois quoi, je n’suis pas dupe.

Tu veux m’faire chanter, c’est ça. Arrête ! J’ai dit arrête. Avec ta soif de déclarations et ce besoin irrépréhensible de vouloir faire le bilan et régler nos comptes. Stop, STOP. Tu veux juste savoir combien j’gagne ? Tu es vénale. L’oseille, toujours l’oseille. Espèce de garce !

Quoi ? Je te froisse peut-être. M’en fous. D’ailleurs, si tu continues, je t’chiffonne et te jette à la corbeille, satanée feuille d’impôts !