Dans son plus simple appareil.
Prête à grimper sur la chaise.
A poser les pieds sur les étriers.
« Je marche toujours à pieds nus, excusez-moi… j’ai…j’ai les pieds secs… », lance-t-elle embarrassée au gynécologue.
« Vous savez, je ne regarde pas les pieds », lui répond-il.

Et elle sourit d’un sourire bête. Mais bête.

Parfois, il vaudrait mieux parler de la pluie et du beau temps, on aurait l’air moins con.

Corps de rêve

10 juin 2011

Moi, dans une toute petite cabine à moquette beige.
Moi, devant un grand miroir surplombé d’un néon qui clignote comme un fou, qui égrène le temps pour rappeler aux femmes que la jeunesse est éphémère.
Moi, confrontée à mon image.
À ma blancheur.
À ma rondeur.
Moi, affreusement laide, en train d’essayer des maillots de bain à tour de bras.

La vendeuse ouvre le rideau.
Me tutoie.
Me sourit.
Me rassure.
Elle m’invite à basculer le tronc sur l’avant pour faire profiter à ma poitrine des bienfaits de la gravité. Elle me redresse et hop, glisse sa main dans le bonnet du bikini. Sous un sein. Puis sous l’autre. Elle resserre les bretelles, ajuste le slip.
S’écarte.
Me regarde dans le miroir : « T’as un corps de rêve… pour avoir eu deux enfants ».

Moi, deux enfants ?

B.B.

9 décembre 2010

B.B.

De sa main habile et professionnelle, il avait éloigné mes genoux l’un de l’autre.

Jambes écartées, pieds dans les étriers, je m’efforçais de penser à autre chose. A mes cours, à mes amis, à mes lectures. J’essayais d’être détendue. Vraiment. Mais le concret de la situation rattrapait le fil de mes pensées.

J’étais nue.

De l’âme à la peau, de la peau aux muqueuses.

Face à un inconnu.

Un inconnu qui  venait de m’ausculter là où moi-même je n’étais jamais allée et qui, à cet instant précis, me palpait la poitrine. Tendue, pleine, ronde, bombée, dodue, blanche, fraîche et ferme comme une poitrine dans ses brèves années de gloire.
Malgré les désagréments, je concevais que cette première consultation gynécologique était essentielle. Que tout ça, c’était pour mon bien ! Naturellement.

Avec le recul des années cependant, je me demande si le « Vous avez la poitrine de Brigitte Bardot », accompagnant son geste de palpation, était tout à fait approprié…

Un chat est un chat me direz vous, mais quand même…

Les deux p’tits marins

12 juillet 2010

Son frère lui disait : « T’es comme les églises, t’as les seins en dedans ». Servi sur un ton d’une délicieuse cruauté, onctueuse et amère, que seul l’amour fraternel peut concocter.

Treize ans, ses deux petits tétons, semblables à de jeunes marins frêles, n’avaient pas encore osé prendre le large. Tandis que son entourage s’émerveillait d’une douloureuse floraison d’où perçaient cerises, pommes, poires ou melons. Chez elle, rien à cueillir. Rien à franchir, rien à gravir.

Cependant, à l’aube des vacances d’été, ses mamelons enjoués levèrent inopinément l’ancre et s’embarquèrent dans un périple fou, immodeste et arrogant. Allaient-ils un jour fixer les amarres ? Oui. Et du plat pays ont émergé d’opulentes collines derrière lesquelles elle se cache encore du regard des hommes.