Pause virginale

25 juillet 2015

Ma collègue et moi, sur une terrasse.
Une maman, avec ses deux enfants dont le garçon est mon petit patient, se balade dans la rue.
Elle s’arrête vers nous et nous échangeons quelques mots.
Les enfants patientent sur leur trottinette.
Puis soudain, la cadette, du haut de ses trois ans, se joint à la discussion et lance :
« Vous êtes en pause virginale ? »

Un bonbon

18 février 2014

Ruben, mon petit voisin de sept ans, a la fâcheuse tendance à me tendre les pires embûches, à commencer par les pétards sur ma terrasse et les boules de neige en pleine figure quand je sors de ma voiture.

Il a aujourd’hui la pupille malicieuse.

– Dis, tu veux des bonbons au coca? me demande-t-il en dessinant des huit sur le bitume avec ses baskets à roulettes.
– Je… C’est une farce ? T’as rempli ton paquet de neige ?
– Non, non, on les a achetés au kiosque. C’est super bon. Tiens !

Et dans ma paume des sucreries en nombre. Roses et difformes. Que j’avale avec un plaisir aussi fou qu’improbable. Nos mâchoires empâtées et gourmandes s’orchestrent. Sourient. Sur le parking, devant la maison, un vrai moment de bonheur.

Ça sent le printemps…

… Le printemps où les filles oublient de craindre les garçons.

 

La petite

15 février 2013

Cachée derrière les jambes de son père, elle me regarde avec ses yeux noirs et humides. Elle refuse de me parler. De me dire son prénom. Motus et bouche cousue.

Je m’éloigne, m’assois sur le grand banc en bois, sous le manguier. Je l’aperçois soudain à l’autre extrémité. Elle m’espionne. M’imite. Croise, décroise les jambes. Enlève ses sandalettes. Joue des chevilles. Elle essaie de faire une tresse avec ses cheveux noirs qu’elle rassemble sur le côté, comme moi. Je me racle la gorge, elle aussi. Et vice versa. Tout plein de fois, avec tout plein de rires. Jusqu’à l’arrivée du taxi.

Je me lève, m’installe à la place du passager. La petite reste sur le banc mais elle agite sa main en signe d’au revoir. Je descends la vitre, j’enlève mon chapeau et la salue.
Elle sourit en agitant encore sa petite main…

L’essentiel n’est pas dans ce qui se dit mais dans ce qui se partage.

Deux amoureuses

21 novembre 2012

–          C’était bien tes vacances ? Me demande Damien (5 ans), la tête plongée dans son dessin.
–          Sympa. Jolie Semaine. Merci. Et toi, tu as passé de belles vacances ?
–          Oh moi, j’en ai pas eu.
–          …
–          J’ai dû travailler à ma ferme.
–          …
–          Bon, en vrai, j’ai quand même eu un jour de vacances : je suis allé à l’école.
–          …
–          Et tu sais quoi, mon amoureuse, Mélisande, est venue à la maison.
–          Génial. Sur le jour de congé ou sur celui de travail ?
–          De travail.
–          Et tu l’as fait travailler ?
–          C’est pas moi qui lui ai demandé, c’est elle qui voulait.
–          Et vous avez travaillé à quoi ?
–          A cache-cache, au foot et au gravier.
–          Pourquoi t’es amoureux de Mélisande ?
–          Parce que je l’aime bien.
–          Ça fait longtemps ?
–          Non.
–          Combien de temps ?
–          Cinq jours.
–          …
–          Tu sais, avant j’en avais deux, d’amoureuses. J’aimais aussi Alissa.
–          …
–          Elle avait un trampoline.
–          Pourquoi c’est fini ?
–          Un jour, elle m’a dit qu’elle n’était pas amoureuse alors j’ai trouvé une vraie amoureuse.
–          …
–          Bon, je vais quand même lui faire un coucou de temps en temps.
–          Pour elle ou pour le trampoline ?
–          Pour elle, pour qu’elle me voie encore.

Content et triste

18 juillet 2012

« Je suis content et triste.
Content de finir l’ergothérapie
et triste de te quitter… »

Un petit patient de sept ans

Victor Hugo

13 juillet 2012

G* lave le couteau à bout de pulpes : « Hey, aïe, ouille… Fais gaffe ! Prends une éponge. Tu vas te couper comme ça! », m’exlamé-je. « Mais non t’inquiète, me répond-il, à la maison j’ai un couteau Victor Hugo et je m’suis jamais coupé ».

Tatouage

10 juillet 2012

Remi a quatre ans et demi. Le genre de petit gars qui, à la première séance, se cache dans les jupons de sa mère. Qui refuse de me regarder. De me parler. De me répondre. Qui boude et qui fronce du sourcil.

Le genre de petit gars qui, les semaines suivantes, quitte sa mère sans lui dire au revoir. Qui crise à l’heure où elle vient le rechercher. Qui, chaque matin, demande « C’est jeudi aujourd’hui ? ». Qui, tous les jeudis justement, tient à s’habiller tout seul, de la tête aux pieds, avec des habits que je n’ai surtout jamais vus.

Aujourd’hui, il est pressé d’enlever sa veste pour me montrer son nouveau pull : « Regarde, là, c’est une tête de mort et là, une voiture de course. Je l’ai choisi pour toi, ce pull ». Puis il retrousse sa manche. Sur son bras, un tatouage : « T’as vu, c’est un serpent. Ça aussi c’est pour toi. ».

Les filles ne mesurent peut-être pas toujours ce que les garçons font pour elles, non ?

Cheveux

26 juin 2012

« Je croyais que si je mettais trop de gel, je serais chauve à 18 ans. »

« Je croyais que tous nos cheveux étaient stockés en pelotes dans la tête et qu’ils sortaient au fur et à mesure. »

« Je croyais que si une femme enceinte se teignait les cheveux, les cheveux du bébé auraient la couleur de la teinture. »

« Je croyais qu’en me lavant les cheveux à l’eau trop chaude, j’allais devenir folle. Encore maintenant, je fais preuve de prudence. »

La salade de fruits

1 mars 2012

Pour sa dernière séance, Samuel choisit de cuisiner. Une salade de fruits. On s’installe à la table de la cuisine pour dresser ensemble la liste des courses. Pommes, poires, framboises, bananes, etc. On essore le répertoire de fruits qui existent sur cette terre. Jusqu’à la dernière goutte. Jusqu’à ce que l’on sèche, lui et moi.

–          Et si on y mettait le soleil ? me demande-t-il.
–          Euh…
–          Ben oui, pour réchauffer le plat.

Je rigole.
Il sourit.
Je le regarde.
Il rayonne.

Je ne lui dis pas que le soleil, on l’a déjà. Que le soleil, c’est lui et qu’il réchauffe les cœurs. Je ne le lui dis pas mais il comprend. Les enfants sentent ces choses-là.

Bye, bye Samuel !

Finalement non

1 mars 2012

–         Mélalie, tu sais, finalement, j’veux pas me marier.
–         Ah, non. Pourquoi ? Demandé-je.
–         A cause de la guerre.
–         A cause de la guerre… ?
–        Oui, si je vais à la guerre, je veux pas d’une femme qui pleurniche à la maison.
–         …
–         Alors j’ai divorcé. Divorcé à tout jamais.
–         Et bien dis donc, c’est un changement radical pour un éternel amoureux. T’avais tellement envie de te marier avant.
–         Les choses changent.
–         Et qu’est-ce qu’elle dit ton amoureuse ?
–         Boh, Rien. On est resté copain-copine.