Pause virginale

25 juillet 2015

Ma collègue et moi, sur une terrasse.
Une maman, avec ses deux enfants dont le garçon est mon petit patient, se balade dans la rue.
Elle s’arrête vers nous et nous échangeons quelques mots.
Les enfants patientent sur leur trottinette.
Puis soudain, la cadette, du haut de ses trois ans, se joint à la discussion et lance :
« Vous êtes en pause virginale ? »

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Cafés offerts

22 mars 2015

La patron reluque son amie.
C’est clair.
Elle lui le dit.
Son amie n’y croit pas…
puis se sent jolie,
et par procuration, elle aussi.

Comme les filles qui ont l’habitude d’être regardées,
elles bavardent sans y prêter attention.

Et quand le serveur leur apporte l’addition
et les informe que le patron leur offre les cafés,
elles ne s’en étonnent pas.
ça leur semble « normal ».
Sans le regarder, elles continuent à bavarder.
L’air de rien.
À peine flattées.

Mais quand le serveur revient en s’excusant :
« Les cafés, ce n’était pas pour vous mais… pour la table voisine »,
vers laquelle elles se retournent et découvrent deux blondes,
plus jeunes, plus fines, plus…
Elles sourient en grinçant des dents et jettent un regard noir au patron.
Plus jeune, plus…
(Presque) vexées.

Dimanche soir

20 octobre 2014

À la lumière d’un lampadaire jaune sépia, ils se croisent sur le trottoir d’une ville endormie. Tous les deux encombrés de sacs.

Il la regarde,
elle lui sourit.

Puis il vient vers elle et l’interpelle :

  • Pourriez-vous m’aider, s’il vous plaît ? Je dois me rendre à…
  • … Oui, répond-elle surprise.
  • Vous connaissez le quartier ?
  • Non, mais j’ai le GPS sur mon téléphone.
  • Je dois aller à la rue des Ti…

Comme il s’encouble avec les syllabes, il lui tend le papier sur lequel est inscrite l’adresse.

  • À la rue des Tilleuls 22, complète-t-elle le plus sérieusement du monde.
  • Rue des Till… Till… Tillll…., essaie-t-il sans parvenir à prononcer ce capricieux « eu » de la langue française

Il la regarde encore,
et rit ;
elle ne lui répond pas.

Elle ne lui répond pas parce qu’il la trouble. Elle s’accroche à son téléphone et s’empresse d’y entrer le nom de la rue. Les yeux rivés sur l’écran, elle analyse le plan. Il s’approche d’elle, et leurs avant-bras, par accident, se frôlent.
Dans la fulgurance de l’instant, elle frissonne.

Elle le renseigne, il lui sourit en italien. La remercie, là, tout près. Tout tout près. De sa main droite, si douce, si tendre, si masculine, si… , il lui saisit une joue et de ses lèvres si douces, si tendres, si masculines, si… , lui embrasse l’autre joue.
Et s’en va.

Elle frissonne encore… presqu’en italien.

A priori

16 février 2014

Elle traverse le train jusqu’au wagon première classe, dépeuplé en ce samedi après-midi. Elle n’y croise qu’un seul passager. Un monsieur distingué. Un banquier ou un homme d’affaires, pense-t-elle. Qui lui sourit avec les yeux, des yeux chaleureux et pétillants. Presque trop pour un banquier ou pour un homme d’affaires, se dit-elle. Et puis elle se trouve bête d’étiqueter comme ça les gens, d’avoir des a priori sur les banquiers et les hommes d’affaires.
Alors elle lui sourit à son tour.

Le train arrive en gare avant qu’elle n’ait trouvé une toilette fonctionnelle à bord de l’un des wagons. Elle descend sur le quai. D’un pas pressé, se dirige vers les toilettes publiques. Elle sort son porte-monnaie, y cherche une pièce qu’elle s’apprête à glisser dans la serrure lorsque le monsieur, le monsieur distingué de tout à l’heure, soudain vêtu d’un gilet orange pétant, lui ouvre la porte en lui souriant. De ce même sourire pétillant.
Ils se reconnaissent,
échangent quelques mots.

Elle lui souhaite une bonne journée, lui pareil ; et il reprend son service en poussant son chariot vers la cabine voisine pour la nettoyer.

Mec

6 janvier 2014

Deux mecs, mec !
Dans le train, assis en face, mec.
De dix-sept ans, mec, p’t-être plus, p’t-être moins.
Deux mecs qui ponctuent toutes leurs phrases par un ou plusieurs mecs, mec.
C’est à peine croyable, mec. Un truc de ouf ! Pourtant c’est vrai, mec.
Entre Romont et Palézieux, mec, je compte 148 mecs.
148 mecs, mec, sortis de leurs bouches ! En 14 minutes.
Ce qui fait… Attends j’sors mon Iphone, mec : ce qui fait, arrondi à l’unité, mec, du 634 mecs/heure.
Et si tu m’crois pas, mec, ben t’as tort… Parce que j’ai des preuves, mec. Mec, tu m’prends pour qui ? Je les ai enregistrés les deux mecs, mec. Tu crois quoi, mec !

Un mimi

3 octobre 2012

Deux ânes. Dans un parc. Qui courent vers moi à chaque fois que je viens ici, au bord du lac, pour voler les dernières chaleurs d’automne et pour nager. Quand je sors de ma voiture, ils braient. Je leur réponds, leur parle. Les caresse. Leur tape sur le flanc d’où s’envole en poussière de la terre séchée. Puis je leur donne, paume tendue, du pain sec.

Aujourd’hui, un petit vieux approche en même temps qu’eux. Un petit vieux, avec un gros ventre et une canne. Il a envie de discuter. Il me vouvoie, me questionne. Me sourit. Essaie de me charmer et prend congé.

Je descends sur la berge et me baigne dans l’eau fraîche d’octobre. Tout doucement. Petit à petit. Un pas après l’autre. Dans une respiration lente et concentrée. Et je ressors, la peau rougie et les doigts blancs, en perte de sensibilité. Afin de ne pas prendre froid, j’enlève mon maillot, m’enroule dans ma serviette de bain et m’assois, méditative face au soleil qui reflète en haie d’honneur sur l’eau noire du lac.

Mais tout à coup, dans le calme de cette nature en sieste, j’entends des arbustes craquer. Je les vois bouger. Le petit vieux raboule. Du haut de l’échelle bancale et pentue qui sépare la berge de la plage, il me dit : « Viens me donner un mimi, petite ! Viens. Pour moi, c’est dangereux de descendre. On n’a plus l’âge, on n’a plus l’âge… Je pourrai aussi t’aider à te rhabiller si tu veux. ».

En me demandant ce qui a déclenché ce soudain tutoiement, plus coquin qu’amical, je l’invite à disposer et lui précise, dans un rire communicatif et salvateur, que je me débrouillerai très bien toute seule.

Dans son plus simple appareil.
Prête à grimper sur la chaise.
A poser les pieds sur les étriers.
« Je marche toujours à pieds nus, excusez-moi… j’ai…j’ai les pieds secs… », lance-t-elle embarrassée au gynécologue.
« Vous savez, je ne regarde pas les pieds », lui répond-il.

Et elle sourit d’un sourire bête. Mais bête.

Parfois, il vaudrait mieux parler de la pluie et du beau temps, on aurait l’air moins con.

SM ?

16 novembre 2011

«On ne choisit pas son chat, c’est lui qui nous choisit», ponctue la conteuse avant de s’asseoir à mes côtés et de me faire l’honneur d’un brin de causette. Affinité amicale, animale. Elle est personnellement convaincue que les propriétaires de chat se comprennent. Le fait que deux parfaites inconnues bavardent à cœurs ouverts de leurs félins respectifs, en est bien la preuve. Ce que c’est bon ces discussions entre fous (les gens normaux ont sûrement quelque chose à cacher)!

Aujourd’hui, en brossant mon chat, je repense aux échanges de la veille, à nos sourires complices. Dans la peur d’être bêtes mais aussi dans l’envie de partager des choses bêtes. Je brosse donc mon chat. Angora. Emmêlé de la tête à la queue. Je l’observe. Sous les coups de brosse francs et insistants, qui malmènent son pelage et tirent violemment son épiderme, il crie, miaule. Se débat. Se retourne. Griffe. Menace de mordre. Malgré l’inconfort et la douleur, il ronronne à tue-tête. Sa tête recherche ma main (celle qui tient l’outil). S’y frotte. S’y soumet. Ses yeux supplient. Il en redemande. Rien n’est plus sûr que ça. Il a mal mais il en redemande. Le plaisir dans la souffrance. Le plaisir par la souffrance. Un vrai masochiste. Et moi, je m’acharne, j’arrache les nœuds, je tire, je brosse. Skritch. Skritch. Fort. Skrrrrritch. Encore plus fort. SKRRRRITCHHHH. Et j’aime ça.

Pour lequel de ces deux adages m’a-t-il donc choisie : « qui se ressemble, s’assemble » ou « les opposés s’attirent » ?
Je me demande…
Et je crois que j’ai ma petite idée.