LE POINT DU i

15 décembre 2013

Lepointdui

LE POINT DU i

c’est une rencontre entre elle et lui
où elle raconte
où il illustre

Elle, c’est Mélanie Richoz
et
Lui, c’est Barroux

Une rencontre au Livre sur Les Quais en 2012
puis un bombardement de mails entre Paris et Bulle
un bombardement de « J’aime… »
de couleurs
de rires
d’absurdités
de profondeur
de pudeur et d’impudeur
de coquineries, mais pas que.
De poésie, aussi !
De poésie, surtout.

La première publication du POINT DU i
dans le numéro décembre 13/janvier 14
dans Causette (deux planches).

Plus d’informations sur :

www.lepointdui.fr

Pied de nez

8 décembre 2013

L’heure de partir. Déjà.

Le temps a ce quelque chose de capricieux et d’insolent : il donne l’illusion de filer à une allure inversement proportionnelle à l’intérêt qu’on lui porte.

Les chaises s’éloignent de la table et font grincer le parquet. Sur la nappe tachée, des petites cuillères et des tasses à café éparpillées, un cendrier bondé, des cadavres de bière. Les couples invités enfilent leur veste, secouent leur poignet et regardent leur montre, enroulent leur écharpe à leur cou, entrechoquent leurs joues en distribuant des bonne-fin-de-soirée-à-bientôt-c’était-sympa.

Ce mouvement de départ et ce brouhaha, à eux deux, leur font perdre en vigilance. Ils se retrouvent tout à coup côté à côte, contraints à cet échange de bises qu’impose la bienséance, si absurde soit-il. Et entre deux bises, par accident, leurs nez se frôlent. Douce collision. D’à peine une seconde.

Bête et brève et insolente seconde puisque rien ne dure jamais plus qu’un bref instant.

Pilule

5 novembre 2013

« Quand j’étais petit, j’ai piqué deux pilules contraceptives à ma mère. J’voulais goûter ! Elle en avalait chaque jour, elle  !
Quelques années plus tard, je croyais que c’était à cause de ces deux pilules que ma barbe ne poussait pas – ou si peu. Et j’avais peur d’avoir les seins qui poussent. » D.

« Je croyais que je pourrais changer de prénom à l’âge adulte. Je nous voyais tous, en file indienne, au guichet des « changements de prénom ». Je croyais que je pourrais m’appeler Michel. J’ai été déçu quand ma mère m’a expliqué que, toute ma vie, je m’appellerais Yvan. Yvan… » Y.

« Je ne croyais pas que j’allais grandir. J’imaginais qu’il y avait un réservoir de Sophie avec un exemplaire de chaque âge. Une Sophie de six ans, une de dix, une de vingt, une de quarante. » S.

« Je croyais, à l’école secondaire, que les filles qui avaient perdu leur virginité, marchaient les jambes écartées. » X

« Je croyais que, d’où il était, mon grand-père pouvait me voir. Les premières fois que je faisais l’amour, je devais me concentrer très fort pour ne pas y penser, à mon grand-père. J’ai réussi petit à petit à me convaincre que son âme ne pouvait peut-être pas traverser le toit. » M.

 

Quelques-unes (mais pas toutes) sont publiées dans Je croyais que, Ed. Slatkine, 2010

Elle cligne des paupières

27 octobre 2013

On se regarde.
On ne se connaît pas mais l’on se regarde.
Elle, courbée sur son tintébin.
Moi, les mains dans les poches.
Mes lèvres lui chuchotent un bonjour qui reste longtemps en bouche, qui vient de l’intérieur. Qui vibre. Qui siffle.
Qui fait tout taire autour.
Elle cligne des paupières. Une seule fois. Très lentement.
Des feuilles tombent sur le trottoir.
On se sourit.
On se regarde.
On ne se connaît pas mais l’on se reconnaît.

La professionnelle

3 septembre 2013

Désirs qui frémissent et glissent sur l’eau calme du lac.

Mains fébriles.
Délicates, innocentes.
Qui crépitent sur la peau des corps allongés, fondus dans la nuit.
Qui effleurent, caressent.

« On voit que t’es une professionnelle, toi ! », murmure le garçon.

La fille stupéfaite gênée outrée inquiète se redresse sur son fessier, panique, interroge : « Tu penses que… que je… je… Euh, je crois qu’on s’est mal compris. Tu insinues que je suis une… une professionnelle ? Une… prostituée, donc ? »

« Mais non ! On voit que t’es une professionnelle, que tu travailles dans le monde médical, avec des gens, que t’as l’habitude du contact. Parce que tu as le geste tendre. », répond le garçon.

Des bouches rient aux éclats,
hésitent.
Se mangent.

 

 

Zizi

8 juillet 2013

Si je m’asseyais sur une chaise précédemment occupée par un homme, je croyais que j’allais tomber enceinte.

Si une femme enceinte se teignait les cheveux, je croyais que le bébé aurait la couleur de la teinture.

Je croyais que les bébés naissaient sans sexe. Que les parents pouvaient choisir, à la naissance, s’ils voulaient une fille ou un garçon. Selon la demande, le médecin tirait avec une pince pour faire un zizi.

Je croyais que je n’avais pas de zizi parce que j’étais encore trop petite.

 

Couv Mue
 

VERNISSAGE

Samedi 16 mars 2013, 18h-20h, Café le Tunnel, Fribourg

RENDEZ-VOUS

Vendredi 22.3.2013, 16h30-18h30, dédicace, Le Vieux Comté, Bulle
Mercredi 1er.3.2013, 14h-14h45, Scène Suisse, Salon du Livre, Genève
Samedi 4.5.2013, 13h-14h30, dédicace, Stand Slatkine, Salon du Livre, Genève

ROMAN

Un éditeur,
une auteure.
Un piano à queue.

« Elle traversait son bouquin comme une souris le tube digestif du boa. Avalée en un morceau. Happée. Enveloppée, compressée, forcée d’avancer dans une seule direction. Les pages se gonflaient à sa lecture, entière et investie mais d’une extrême lenteur, me semblait-il (je ne la voyais jamais tourner les pages). Elle y mettait une application scolaire où l’index, qui frottait le papier dans une musicalité chuchotée, jouait le rôle de curseur. Je me surpris à imaginer qu’elle imposait son passage à l’histoire. Que l’histoire s’imprégnait d’elle et quittait la fiction. »

Mélanie Richoz a obtenu la Bourse d’Encouragement à la Création Littéraire du Canton de Fribourg 2011-2012 pour l’écriture de Mue, son deuxième roman publié aux Editions Slatkine. Elle a préalablement publié chez le même éditeur Tourterelle (2012) et Je croyais que (2010).

TEASER

11 x 20 cm, 104 pages, broché
ISBN 978-2-8321-0555-9
CHF 24.- / € 20.- ttc
 
Merci à/au(x) :
Canton de Fribourg pour la Bourse d’Encouragement à la Création Littéraire
Delphine Cajeux, mon éditrice, pour sa rigueur et sa bienveillance
Bastienne Dématraz et Camille Weiss pour leurs lectures et relectures

Membres de la résidence d’Odysseys Costa Rica pour leur accueil

Jonathan Uldry pour la couverture et le teaser
Yannick Neveu pour le piano à queue

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Les arbres nus

21 février 2013

Les arbres nus devant nos fenêtres
Immuables témoins
De nos vies de cinglés,
Passées à courir,
A s’agiter
A travailler
A user
A s’user
A singer.

A s’éteindre.

A regretter de ne s’être que trop peu étreints.

Les arbres nus devant nos fenêtres
Immuables témoins
De générations de vies de cinglés qu’ils enterreront.

 

La petite

15 février 2013

Cachée derrière les jambes de son père, elle me regarde avec ses yeux noirs et humides. Elle refuse de me parler. De me dire son prénom. Motus et bouche cousue.

Je m’éloigne, m’assois sur le grand banc en bois, sous le manguier. Je l’aperçois soudain à l’autre extrémité. Elle m’espionne. M’imite. Croise, décroise les jambes. Enlève ses sandalettes. Joue des chevilles. Elle essaie de faire une tresse avec ses cheveux noirs qu’elle rassemble sur le côté, comme moi. Je me racle la gorge, elle aussi. Et vice versa. Tout plein de fois, avec tout plein de rires. Jusqu’à l’arrivée du taxi.

Je me lève, m’installe à la place du passager. La petite reste sur le banc mais elle agite sa main en signe d’au revoir. Je descends la vitre, j’enlève mon chapeau et la salue.
Elle sourit en agitant encore sa petite main…

L’essentiel n’est pas dans ce qui se dit mais dans ce qui se partage.

La greffe du voyageur

1 février 2013

Une touriste s’assied à l’arrière de la fourgonnette. Juste derrière moi. Sous sa casquette à visière en plastique et empaquetée dans son sac à dos orange, elle prend appui sur le dossier de mon siège et me parle à l’oreille mais très fort. Pour l’emporter sur le brouhaha de la camionnette qui se déchaîne sur ce chemin scabreux. Elle parle et parle encore. De tout et de rien avant de se lancer dans une tirade infinie et de citer les pays d’Amérique latine qu’elle a visités, en quelle année et combien de fois… Et là, j’ai beau être patiente, elle me perd, je ne l’écoute plus : je disparais dans cette forêt sauvage et profonde de la Peninsula de Osa.
Plus rien d’autre n’existe que cette nature.
Que cet ailleurs.

Tout à coup cependant, deux bras rouges s’allongent vers moi. Me bousculent. Deux bras, avec à leur extrémité, un appareil photos (la greffe du voyageur ?). Je me penche vers l’avant, me pousse sur le côté. Mais ça ne suffit pas, l’avancée de ces deux bras impliquent que je me torde la nuque afin que madame bombarde le paysage à travers le pare-brise (est-ce que les gens voyagent pour prendre des photos ?).

Et quand je descends de la fourgonnette, le teint vert et les jambes flageolantes, elle me photographie (je crois que quelque chose m’échappe).