Le gras

12 septembre 2011

Une campagnarde qui s’efforce de bien se tenir. D’être à l’aise. De passer inaperçue. De ne pas étaler dans ce dîner trop d’inepties. De limiter les dégâts.
Une campagnarde qui coince une grande serviette blanche en tissu dans le col de son chemisier. Elle a l’air d’une enfant qui a grandi trop vite. Qu’importe, grâce à cette serviette, elle ne tâchera pas ce joli chemisier, choisi pour l’occasion.

Avant d’entamer l’assiette du jour –elle a commandé comme les autres–, elle les observe pour saisir les bons services et manger au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard. Ni trop vite, ni trop lentement. En sus de cette soif de politesse et de bienséance, son attention est focalisée sur l’idée de ne pas renverser son verre et de le garder, le plus longtemps possible, transparent –de l’eau minérale gazeuse, comme les autres–.

Le repas, avec ces journalistes – des gens civilisés, instruits, intelligents, intéressants et sûrs d’eux– est plaisant. Un sans-faute. Pas de maladresse. Ni dans les mots, ni dans les gestes. Elle s’en félicite.

Cependant, lorsque la serveuse dessert, elle réalise qu’elle est la seule à avoir tout mangé. Les autres –putains d’autres!–  ont laissé le gras. Qui luit, qui rit et se moque d’elle sur le rebord des assiettes.
Elle n’est qu’une campagnarde.
Tant pis.
Tant mieux.
Au moins, elle a une excuse pour bouffer le gras.

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