Qu’est-ce que je pourrais bien vous souhaiter ?

10 janvier 2011

Plus que d’habitude, on se sourit, on se regarde et on se bise. On se la souhaite bonne, belle, joyeuse, heureuse, la nouvelle année. Par gentillesse, par charité ou parce que ça nous arrange. Tout le monde semble se connaître, se reconnaître. S’aimer.

Puis, c’est la reprise. Encore quelques vœux parsemés, ici et là. Aujourd’hui, ceux d’un papa. Tout simples. Tout vrais :

– Bonne année, me lance-t-il en accompagnant Fabien en thérapie.

– Bonne année, lui répondé-je.

– Qu’est-ce que je pourrais bien vous souhaiter ? Me demande-t-il.

– Souhaitez-moi ce que vous vous souhaiteriez vous-même. Je vous rends la pareille et l’année sera belle.

– Mais moi je suis comblé.

Ces quelques mots, d’une sincérité si légère et si profonde, me laissent pantoise. Je reste bouche bée.

Il continue à déshabiller Fabien, son petit garçon handicapé. Sans me regarder, il ajoute : « il ne faut pas trop en demander ». Il l’embrasse d’une tendresse infinie, impossible à décrire. J’en dénaturerais l’essence.

Il y a des tranches de vie qui ne se racontent pas. Qui se vivent, qui s’observent. Mais, si on ne les raconte pas, elles meurent. On les oublie. Et c’est dommage.

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3 Réponses to “Qu’est-ce que je pourrais bien vous souhaiter ?”

  1. teletubies Says:

    « Il l’embrasse d’une tendresse infinie, impossible à décrire. J’en dénaturerais l’essence », écrivez-vous. C’est pourtant justement là que se situe la littérature. D’ailleurs vous le reconnaissez vous-même ensuite: « Il y a des tranches de vie qui ne se racontent pas. Qui se vivent, qui s’observent. Mais, si on ne les raconte pas, elles meurent. »
    Trouvez comment nous raconter ça, c’est essentiel.


    • Cette tendresse infinie c’est, au-delà d’un bec sur la joue, une large main d’agriculteur qui épouse la tête de l’enfant.
      C’est tellement peu mais tellement tout cette large main qui donne et qui reçoit, qui accueille et qui protège.
      L’essentiel est au creux de cette paume qui garde secret l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre.

      J’ai envie de respecter la pudeur initiale de cette scène et d’offrir au lecteur la liberté d’imaginer, de ressentir (ou pas).

      Il est pour moi plutôt question d’émotion, de simplicité, de suggestion, de vécu que de littérature (ce n’est pas un débat que je lance)

  2. teletubies Says:

    Là, on y est déjà davantage. C’est bien cette description de la main. Merci!


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