A contre-coeur

22 septembre 2010

Sans que je n’achète ni n’arrose aucune plante, l’été dernier, ma terrasse était fleurie. Vivante. Gaie. Un petit paradis. Mon voisin, un vieux fou, avait pris l’habitude de soigner avec amour ce coin de jardin qui, finalement, était devenu plus sien que mien. Les joues empourprées, entre deux arrosoirs, il me murmurait discrètement : « Mes préférées sont les Impatientes de Guinée, de très belles fleurs, comme vous ». Et je souriais bêtement.

Cette année, sur ma terrasse, seules quelques mauvaises herbes survivent dans les pots de terre séchée, craquelée. Un cimetière. La mort des couleurs, des surprises, des poèmes. Je n’y trouve plus rien, à l’exception de ce que j’aurais pu y laisser traîner.

Le vieux fou est décédé.

Malgré ses valeurs que j’abhorrais (c’était un négationniste avéré), entre paradoxe et ineptie, une complicité s’était créée, sans doute inhérente au respect de l’âge et à la loi du voisinage. A contre cœur, j’avais de l’affection pour ce vieux dément amoureux des mots. C’est con. Aussi con que d’avoir imaginé que la statue, sur son balcon, était celle de Mussolini alors que c’était celle de l’Abbé Bovet.

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2 Réponses to “A contre-coeur”

  1. melanie Says:

    J’adore le coup de la statue…c’est tellement vrai. Je crois qu’au fond on aime se raconter des histoires plus contrastées que la réalité, parce que parfois, on s’ennuie.


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