Murmure
4 décembre 2011
Seule dans sa voiture,
Elle s’accorde la luxure
De pencher son corps
Et de son bassin déhancher.
Seule dans sa voiture,
Elle s’accorde la luxure
De baisser toute armure,
D’apprécier de ce petit vent l’art du murmure,
Qui, discret, entre les fesses, se crée
Un passage.
Pas sage, ce petit pet ?
Lisse, qui s’immisce et glisse…
Sans bruit. Sent bon.
Tout rond.
Là où il y a de l’hygiène, y’a pas de plaisir.
Conditionnel
24 novembre 2011
Elle aurait pu être jolie
Mais elle commence à ressembler à sa mère.
SM ?
16 novembre 2011
«On ne choisit pas son chat, c’est lui qui nous choisit», ponctue la conteuse avant de s’asseoir à mes côtés et de me faire l’honneur d’un brin de causette. Affinité amicale, animale. Elle est personnellement convaincue que les propriétaires de chat se comprennent. Le fait que deux parfaites inconnues bavardent à cœurs ouverts de leurs félins respectifs, en est bien la preuve. Ce que c’est bon ces discussions entre fous (les gens normaux ont sûrement quelque chose à cacher)!
Aujourd’hui, en brossant mon chat, je repense aux échanges de la veille, à nos sourires complices. Dans la peur d’être bêtes mais aussi dans l’envie de partager des choses bêtes. Je brosse donc mon chat. Angora. Emmêlé de la tête à la queue. Je l’observe. Sous les coups de brosse francs et insistants, qui malmènent son pelage et tirent violemment son épiderme, il crie, miaule. Se débat. Se retourne. Griffe. Menace de mordre. Malgré l’inconfort et la douleur, il ronronne à tue-tête. Sa tête recherche ma main (celle qui tient l’outil). S’y frotte. S’y soumet. Ses yeux supplient. Il en redemande. Rien n’est plus sûr que ça. Il a mal mais il en redemande. Le plaisir dans la souffrance. Le plaisir par la souffrance. Un vrai masochiste. Et moi, je m’acharne, j’arrache les nœuds, je tire, je brosse. Skritch. Skritch. Fort. Skrrrrritch. Encore plus fort. SKRRRRITCHHHH. Et j’aime ça.
Pour lequel de ces deux adages m’a-t-il donc choisie : “qui se ressemble, s’assemble” ou “les opposés s’attirent” ?
Je me demande…
Et je crois que j’ai ma petite idée.
Modèle
14 novembre 2011
Écoute-les un peu,
Pour ne pas leur ressembler.
Robe de soirée
7 novembre 2011
C’est un barbu de la Gruyère. Un vrai. Avec une longue barbe grise. Crépue et ébouriffée. Je m’assieds derrière lui. Son dos voûté et son crâne dégarni en ligne de mire.
En face, une femme. Une vieille femme, à priori banale. Pas jolie du tout.
Cependant, sa façon de le manger des yeux, d’appuyer ses coudes sur la table et de mordiller son index entre ses lèvres ridées, la rend jolie. Elle est pétillante, séduisante et craquante.
Avant de filer aux toilettes pour se refaire une beauté, elle lui vole un bec d’une déroutante tendresse et défroisse sa robe de soirée noire, constellée de paillettes dorées.
C’est lundi matin.
Il n’y a pas d’heure, ni d’âge pour être amoureux.
Télé
25 octobre 2011
“Je croyais que mes programmes télévisés favoris attendaient que je sois rentré de l’école pour commencer.”
“Je croyais qu’on disait les dessins allumés”.
“Je croyais à l’existence de la caverne enchantée.”
“Je croyais que les armures des Chevaliers du Zodiak existaient vraiment, mais qu’on ne les avait pas encore découvertes.”
“Je croyais qu’en l’an 2000 les voitures voleraient.”
“Je croyais que les acteurs habitaient dans la télé.”
“Je croyais que tout ce qui passait à la TV passait à la radio. Et vice versa.”
” Quand je voyais les publicités sur les eaux minérales, avec toutes ces bulles, je croyais qu’il existait des sources d’eau gazeuse.”
Soirée théâtre
21 octobre 2011
Maquillée, pomponnée, parfumée depuis bientôt une demi-heure, elle attend son mari sur le pas de la porte.
Lui,
devant le miroir,
imperturbable,
s’arrache les poils du nez.
Un à un.
Sans précipitation.
Un sourire forcé et insistant, faussement patient, le supplie de s’activer.
Toute son impatience se referme sur le trousseau de clefs qui lui colle dans la main. Surtout ne pas le brusquer, ne pas l’énerver. Ne formuler aucun reproche. Ni sur son éternel retard. Ni sur son accoutrement plutôt dépareillé. Ce soir, elle ne lui en tiendra pas rigueur puisqu’il fait, pour une fois, l’effort de l’accompagner. Certes, il ne manifeste aucune espèce de réjouissance et d’intérêt à voir la pièce. Mais il vient. Avec elle. Elle espère qu’il aura du plaisir. Ou tout moins qu’il ne s’endormira pas.
Son poing se resserre davantage, les clefs lui blessent la paume. Et son sourire continue à mentir.
Bon nombre d’abrutis
9 octobre 2011
La prise des repas est laborieuse pour Le p’tit Samuel. Il se lève de table, renverse son verre, mange avec les doigts et se salit à chaque repas.
Afin d’entraîner l’utilisation de couteau et fourchette, il prend aujourd’hui son goûter en thérapie. Des p’tits pains au lait ! Je salive, m’extasie :
« Mmmee, ça a l’air bon ! ».
Gentleman (comme à son habitude), il me tend l’assiette, surplombée de morceaux à peine découpés :
« Fais comme chez toi ! Sers-toi. ».
Puis il chantonne :
« Tiens, je pourrais même nous préparer une deuxième assiette. »
Et, appliqué, il continue sa tâche.
Je lui propose un sirop qu’il accepte d’une fine politesse.
Un joli moment.
Il est content. Moi aussi.
« T’es un amour, Samuel : tu partages, tu dis s’il te plaît, merci… Un amour ! ».
« Oh, mais tu sais, je partage pas avec tout le monde », rétorque-t-il.
« Ah, non ! Pourquoi ? », demandé-je.
« Parce qu’il y a quand même bon nombre d’abrutis qui emmerdent le monde. », lance-t-il d’une petite voix spontanée avant de mordre à pleines dents dans un morceau de petit pain.
Attendre
23 septembre 2011
Une pièce aseptisée, sa chambre. Un fauteuil roulant, un lit électrique et une chaise percée. Quelques effets personnels, les derniers survivants: une photo des petits-enfants, un coussin au point de croix, une vieille horloge et une alliance impaire, posée sur la table de nuit, trop étroite pour des doigts boudinés par l’hémiplégie.
Gisant dans la chaleur perdue d’un lit oublié,
elle attend.
Sa vie
se résume
à attendre.
Attendre qu’une soignante, dans l’un de ses nombreux va-et-vient violant son intimité, s’occupe d’elle. Pour la toilette, le déjeuner, le dîner et le transfert au lit pour la sieste.
Attendre que le temps passe… Dans l’humilité.
Ce matin, l’attente lui paraît encore plus lourde, plus vide. Sous ses draps, la vieille est pétrie d’angoisse. Sa voisine de chambre vient de lui brûler la priorité du paradis.
Encore attendre.
Mais attendre quoi ?
Que la mort lui fasse un sourire éclatant.
Dévastateur.
À elle…
Comme Michael Jackson
16 septembre 2011
L* : Tu sais, j’ai un peu des problèmes de caca, moi.
Mélanie : Ah oui…
L* : J’ai des ptits vers blancs…
M. : … Alors tu prends des médicaments ?
L* : Oui, mais pas trop…
M. : …
L* : Pas trop parce que sinon je vais finir comme Michael Jackson (d’un geste de la main, accompagné des bruits “zioup” puis “paf”, la petite L* mime la “chute” de Michaël Jackson)