Mon premier roman.
Qui est disponible en librairie cette semaine, dès le 7.3.12

« Ce sont les silences, les intervalles, qui créent la mélodie.
Qui laissent un espace pour exister.
Pour sentir, ressentir.
Retenir, désirer, offrir.
Vibrer.
Un espace de vulnérabilité.
De liberté. »

Confidence, vertige…
Dans ce texte de l’intime, une femme s’adresse à un homme.
Ou à elle-même?

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BON DE COMMANDE

La salade de fruits

1 mars 2012

Pour sa dernière séance, Samuel choisit de cuisiner. Une salade de fruits. On s’installe à la table de la cuisine pour dresser ensemble la liste des courses. Pommes, poires, framboises, bananes, etc. On essore le répertoire de fruits qui existent sur cette terre. Jusqu’à la dernière goutte. Jusqu’à ce que l’on sèche, lui et moi.

-          Et si on y mettait le soleil ? me demande-t-il.
-          Euh…
-          Ben oui, pour réchauffer le plat.

Je rigole.
Il sourit.
Je le regarde.
Il rayonne.

Je ne lui dis pas que le soleil, on l’a déjà. Que le soleil, c’est lui et qu’il réchauffe les cœurs. Je ne le lui dis pas mais il comprend. Les enfants sentent ces choses-là.

Bye, bye Samuel !

Finalement non

1 mars 2012

-         Mélalie, tu sais, finalement, j’veux pas me marier.
-         Ah, non. Pourquoi ? Demandé-je.
-         A cause de la guerre.
-         A cause de la guerre… ?
-        Oui, si je vais à la guerre, je veux pas d’une femme qui pleurniche à la maison.
-         …
-         Alors j’ai divorcé. Divorcé à tout jamais.
-         Et bien dis donc, c’est un changement radical pour un éternel amoureux. T’avais tellement envie de te marier avant.
-         Les choses changent.
-         Et qu’est-ce qu’elle dit ton amoureuse ?
-         Boh, Rien. On est resté copain-copine.

Autoportrait

1 mars 2012

Ce cher petit Samuel dessine.

 

Un autorportrait. Que de couleurs. Que de vie. Des yeux qui pétillent. Des grosses lunettes. Des bras sans fin. Un détail phallique prédominant. Surdimensionné. Colorié et investi avec une application certaine.

- Génial ton dessin, Samuel ! M’exclamé-je.
-  Merci. Tu sais quoi ?
- Non.
- Il est pour toi.
- Ah oui ?
- Oui. Mais si tu veux, je peux effacer le zizi.
- Ah, ben non. Si tu l’as dessiné, c’est que ça doit être important.
- Oui, c’est mon zizi et je l’aime.

Le père

10 février 2012

Il est venu. Il est là. Il s’est fait tout beau dans sa chemise et son veston sombre. Il se tient droit au milieu de la foule. Une foule qui a l’habitude des spectacles. D’une attitude très à propos, il joue au spectateur. Et il joue bien parce qu’il a vraiment l’air d’en être un. Distant, détaché. Un peu curieux, un peu pressé.

Mais si on le regarde un tant soit peu, on voit des soleils à l’intérieur. Des soleils de Turquie. Des soleils d’un amour paternel. Retenu, discret. Étouffé. Mais puissant comme la lumière. Ce n’est pas un spectateur lambda mais un père.

Un père qui vient voir danser sa fille pour la première fois.

Comprendre

30 janvier 2012

Comme on comprend beaucoup,
Quand on ne comprend rien.

Vacherin Fribourgeois

28 janvier 2012

Alitée depuis quelques semaines, la vieille dame, une petite Marseillaise de quatre-vingt-dix-huit ans, s’éteint. A petit feu. Elle n’avale plus rien. Elle a perdu le goût de manger, de vivre. Et presque vingt kilos. Ses paupières restent closes. Ses paroles sont des prières : « Viens me chercher, s’il te plaît, mon Dieu ».
Et comme ses prières sont sans réponse, ses paroles deviennent des questions. Des questions muettes. Du silence. 

A la veille de Noël, sa petite fille lui ramène de Suisse un morceau de Vacherin Fribourgeois et supplie sa mamie, malgré sa résistance passive, d’en goûter un petit bout. Juste un petit bout. Un tout petit bout. Alors, pour lui faire plaisir, la mamie cède. Cède et s’émerveille : « Mais c’est bon ! Goûteux et ça fond sous la langue… ».

Tous les jours qui succèdent à cette résurrection, la petite fille, pendant ses vacances à Marseille, lui apporte du Vacherin Fribourgeois qui diminue à la manière d’une peau de chagrin. La mamie reprend petit à petit de l’appétit.

Aujourd’hui, la petite fille est de retour en Suisse. Le morceau de Vacherin n’existe plus mais la mamie mange désormais les plats de l’institution et à la fin du mois, elle retourne habiter chez sa fille.

La mamie répète à tue-tête : « C’est le fromage suisse qui m’a sauvée ! ».
Peut-être.
Ou peut-être l’amour d’une petite fille.

J’aime bien ton appartement

30 décembre 2011

Toujours le même petit Samuel (mais qui, depuis le temps, a fêté ses six ans) aimerait, de tout son cœur, voir mon appartement. Si gentiment et si clairement demandé, j’accepte. L’y invite.

Dans cette brève visite, il lâche : « Je pourrai venir habiter chez toi quand tu seras morte ? ». Comme à son habitude, sa spontanéité me cloue le bec. Impossible de répondre. « Parce que j’aime bien ! », ajoute-t-il, contemplatif et songeur. Je bredouille : « Pourquoi pas… Mais je, je… compte vivre encore quelques années. Enfin, j’aimerais bien. Ça risque d’être long, tu sais. »

Samuel n’entend pas (suis-je déjà morte ?). Le regard plongé vers la ligne d’horizon qui épouse le Moléson, il ajoute, le plus naturellement du monde : « Et pis je garderai tes deux chats. Ça plaira à ma femme d’avoir deux chats. »

Les oeufs au plat

26 décembre 2011

J’aime cuisiner (ce n’est pas parce qu’on aime, qu’on assure). Ce qui rend ma cuisine intéressante (on va dire intéressante), mis à part une légendaire maladresse et un joyeux bordel, c’est ma fantaisie. Des mélanges insolites (mais fins. Si, si !). Je suis l’incarnation de la prise de risques. En toute objectivité, je me serais attribuée l’Oscar de la meilleure cascadeuse gastronomique (soyons conscients de nos valeurs) jusqu’à ce qu’un pote me concocte un p’tit repas qui défie toutes les lois de la fantaisie : des œufs au plat aux chips bio (oui, des œufs au plat aux chips bio !).

Là, je m’incline.
La palme lui revient.

Du fin gourmet pour grand gourmand. Sans ironie. je vous assure (est-ce mon genre ?). Et la petite sauce tomate au basilic en accompagnement, ça le faisait. Rien à redire.

Cette recette ne vous sera malheureusement pas détaillée, les grandes choses se font dans le secret.

Bonnet à pompon, mitaines et grosse écharpe. Il neige. Elle marche sur le trottoir. Seule.

Derrière les vitres des cafés, les clients ont l’air de s’amuser, de s’aimer. Ils se retrouvent entre amis. Au chaud. Dans l’absolu, elle aurait envie de faire partie de l’un de ces groupes et pourquoi pas d’un groupe à deux, avec un garçon.

Mais lorsqu’elle y regarde de plus près, dans ces groupes à deux justement, il y en a souvent un qui semble être ailleurs. Qui se tapote la cuisse avec la paume de la main, comme pour battre le temps. Qui fouille du regard. Qui s’ennuie. Qui cherche quelque chose d’introuvable et d’absent.

Et lorsqu’elle se retrouve, par chance ou par malchance, derrière les vitres des cafés, au bistrot, au chaud, c’est elle qui recherche ce quelque chose. Elle regarde dehors, les passants solitaires qui volent au gré du vent.

Bonnet à pompon, mitaines et grosse écharpe. Il neige. Elle marche sur le trottoir. Seule

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